Sous un beau soleil d'hiver, nous prenions le bateau à Port-Vendres via Oran après une attente de quatre jours dans le port.
Le nom de bateau était un grand mot , la période de la guerre n'était pas favorable aux voyages, c'était plutôt un rafiot qui nous
a embarqué. Une chaleur dans ces couchettes et la mer houleuse et noire , tout pour vous donner la nausée.
Enfin au petit matin les cotes Africaines en vue et petit à petit Oran grandissait devant nous, quel contraste avec la France , une
ville toute blanche, une végétation luxuriante et des restaurants bien approvisionnés ( car en Métropole le manque de denrées
alimentaires commençait à se faire sentir ). En suite le trajet en train jusque à Rabat pour rejoindre la base aérienne.
Nous sommes restés très peu de temps dans cette ville , il fallait a la base de Meknès un moniteur pour former de nouveaux
pilotes, c'est mon époux qui a eu cette nomination.
Heureusement des cousins nous avaient précédé, lui était mécanicien sur avions. Leurs trois enfants les avaient favorisé pour
obtenir un pavillon dans la caserne, ils ont pu nous héberger le temps de trouver à se loger, c'était gentil de leur part, cela nous
a évité de vivre a l'hôtel. ( nos cousins )

 

cousins_du_maroc

Sur la place d'armes , dans un bâtiment  neuf , un joli petit appartement nous attendait avec tout le confort, salle de bains,
( en France c'était encore une commodité rare ) Le logement était meublé sommairement , ce qui laissait à désirer c'était
la cuisine, seulement un potager où il fallait cuisiner au charbon de bois ou au réchaud à pétrole, les repas n'étaient pas
élaborés.

sur_le_balcon

Sans_titre_1

Nous y sommes restés une année, une année de bonheur, malgré les nombreuses absences de mon mari, beaucoup de
missions. Notre temps de loisir ,nous sortions tous les samedis soirs avec des amis ( restaurants, cinémas ).La vie était facile
et un climat idéal.

 

mai_1940

Nous aimons beaucoup les animaux , un sloughi ( lévrier arabe ) me tenait compagnie quand j'étais seule ,il fallait le voir
courir quand il nous échappait.
Au printemps une  envie de pique-nique me faisait rêver , pour me faire plaisir ,nous voilà partis sur des vélos de location à
la recherche d'un oued et d'un peu d'ombre .Malgré tous les kilomètres parcourus c'est au pied d'un eucalyptus que nous
avons déjeuner . Nous sommes rentrés aussitôt et en plus le chien nous suivait.
Puis la naissance de notre premier enfant , un garçon Jean Claude, nous a comblé. Une petite anecdote vous fera sourire ,
Quand le bébé a donné son coup de pied pour voir le jour , il était dix heures du soir, pas une calèche , pas un taxi en bas
de l'immeuble et le téléphone les particuliers n'en possédaient pas à l'époque. C'est cahin-caha que les trois kilomètres qui
nous séparaient de l'hôpital ont été franchi avec des arrêts toutes les dix minutes , les douleurs me tenaillaient. Enfin tout
c'est bien passé. Rentrée a la maison une jeune fatma est venue pour me seconder , elle pouponnait notre fils.

la_fatma

Autour de la place d'armes, il y avait toutes les garnisons ,et en face de chez nous la légion étrangère , souvent quand les
militaires rentraient de leur virée en ville , ils étaient plus ou moins éméchés , ils titubaient le long de la route, mais
lorsqu'ils franchissaient le poste de garde , leur marche était redevenue normale et droite.
Le séjour a Meknès s'est terminé en juillet 1942 , la base de Marrakech nous accueillait.

    à suivre....